Nouvelles d'Emmanuel Blas

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Quel con ! Quel magistral con ce Fred ! Je lui avais pourtant bien dit de ne doubler personne, d'attendre patiemment son tour. Mais non ! Mônsieur se croit tellement plus malin, pressé d'aller rejoindre tous ses proches. Résultat, ils nous ont vite expulsés. Remarquez je les comprends. On arrive, ils nous donne un ticket, ils nous expliquent comment ça marche et on fait la queue. C'est pas compliqué, ça ne demande pas un bac plus cinq pour comprendre. Bref, c'est la routine. Puis soudain, un gugusse, pas content, commence à gueuler, à dire que ça n'avance pas, que c'est pire qu'à la sécu, qu'il est pressé et qu'on l'attend. Total, au lieu de nous envoyer là où c'était prévu, ils nous ont balancé dix pieds sous terre. Ah, si seulement je ne lui avais pas demandé de me reconduire ce soir là.

Ca pour être clairs, ils avaient été clairs les gars du purgatoire. Ils nous avaient bien prévenus que le moindre écart de conduite serait sanctionné mais de là à nous balancer en enfer parce que Fred a voulu passer tout de suite… Y sont allés un peu fort tout de même.

C'est vrai qu'au début c'est quand même marrant l'enfer. D'abord y fait chaud, tout le monde est à poil. D'ailleurs cela n'a pas que des avantages compte tenu du nombre conséquent d'obèses qu'il y a. Et en plus, ils parlent tous anglais, sacrés américains… Ensuite, on peut faire autant de conneries qu'on veut. Gueuler, faire les fous, se saouler, avoir enfin une vraie vie sexuelle… C'est sûr, au début, c'est l'éclate totale. Mais quand une brute épaisse a arraché mon bras gauche, là, j'ai beaucoup moins ri. J'ai peut-être rien senti, et pour cause, je suis mort, mais quand même, par principe… Mais le pire c'est que ce crétin a fait le zouave en brandissant mon bras devant tout le monde comme s'il était fier de sa connerie. Et puis après, pour retrouver mon bras ça n'a pas été facile. Le plouc l'avait caché dans la décharge du coin. Autant vous dire que la décharge de l'enfer n'est pas très accueillante, loin de là. En plus, je n'était pas le seul à qui on avait planqué un bras. Une vraie partie de plaisir…

De son côté Fred, pendant que je tentais de reconstituer mon anatomie, passait son temps à se plaindre à l'administration. Les fonctionnaires de l'enfer passaient leur temps à se foutre de sa gueule. Un jour, il s'est énervé et il a balancé un bureau sur le personnel. Cela me fait remarquer que les fonctionnaires d'où qu'ils viennent n'ont aucun sens de l'humour surtout ceux de l'enfer. Bien sûr, ils l'ont mal pris et ils l'ont foutu au rôtissoire pendant trois semaines. De quoi être bronzé pour la fin de ses jours si je puis dire.

N'ayant pas trouvé d'autres solutions pour sortir de cet enfer, nous décidâmes, Fred et moi, de former une chorale de chants grégoriens. A nôtre plus grand étonnement, plusieurs autres personnes vinrent nous rejoindre y compris des américains, sales menteurs. Eux aussi étaient des victimes de l'administration purgatorienne. Devant le bordel que foutaient nos chants à la gloire de Dieu, notre cas fut réétudié et après six mois d'attente, nous refîmes la queue devant le balancier de la vie.

J'avais pourtant bien préparé Fred. Pas question de gueuler, de sauter sur la première fille venue ( car après des mois de chants grégoriens, je craignais le pire ) et surtout de doubler tout le monde. Seulement quand il s'est fait pincer avec une revue porno d'un de ses copains du sous-sol, là ils n'ont pas apprécié. Alors pour nous punir pour de bon et pour nous passer l'envie de refaire des conneries, ils nous ont renvoyés sur terre… histoire de bien mériter le paradis. Ah mais quel con ce Fred… quel con…

©  Emmanuel BLAS, 1996



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